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24/05/2006 Le huitième sortilège - T2
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Octogénaire, borgne, chauve et édenté, Cohen le Barbare, le plus grand héros de tous les temps réussira-t-il à tirer Deuxfleurs et Rincevent des griffes de leurs poursuivants ? Question capitale, car le tissu même du temps et de l'espace est sur le point de passer dans l'essoreuse. Une étoile rouge menace de percuter le Disque-Monde et la survie de celui-ci est entre les mains du sorcier calamiteux : dans son esprit (très) brumeux se tapit en effet le... huitième sortilège ! La suite de l'épopée la plus démente de la Fantasy, avec, dans les seconds rôles, une distribution prestigieuse : le Bagage, l'In-Ocavo, Herrena la harpie, Kwartz le troll, Trymon l'enchanteur maléfique et, naturellement, la Mort...
Mon avis :
On retrouve avec plaisir Rincevent, Deuxfleur, le Bagage....
L'univers de Pratchett est toujours aussi prenant. Et la fin est du moins surprenante. A lire sans hésiter.
Extrait :
Rincevent flanqua un coup de pied à l’arbre le plus proche. D’un tir précis, l’arbre lui lâcha un gland sur la tête. Le sorcier fit : « ouille. » D’une voix rappelant l’ouverture d’une porte décrépite, l’arbre répliqua : « Bien fait ! » Un long silence s’ensuivit. Puis Rincevent demanda : « C’est toi qui a dit ça ? _ Oui. _ Et ça aussi ? _ Oui. _ Oh. »Il réfléchit un instant. Puis il tenta : « Je suppose que tu ne sais pas, à tout hasard, comment sortir de la forêt, à moins que si, avec un peu de chance ? _ Non je ne me déplace guère, fit l’arbre. _ Plutôt sciant, comme existence, j’imagine, fit Rincevent. _ Comment savoir ? Je n’ai jamais rien connu d’autre », fit l’arbre. Rincevent l’examina de plus près. Il ressemblait beaucoup à tous les autres arbres qu’il avait vus. « Tu es magique ? demanda-t-il. _ Personne ne me l’a jamais dit, répliqua l’arbre. Je crois que oui. » Rincevent songeait : Je ne parle tout de même pas à un arbre. Pour parler à un arbre, faudrait que je sois fou, or je ne suis pas fou, alors les arbres ne parlent pas. « Au revoir, dit-il avec fermeté. _ Hé, ne partez pas ! » commença l’arbre qui se rendit aussitôt compte de l’inutilité de sa requête. Il regarda le sorcier s’éloigner à travers les fourrés d’une démarche titubante et s’abandonna à la chaleur de l’astre du jour sur ses feuilles, aux glouglous et borborygmes de l’eau dans ses racines, au flux et au reflux de la sève en réaction à l’attraction naturelle du soleil et de la lune. Sciant, songeait-il. Quelle drôle de réflexion. Les arbres peuvent se faire scier, évidemment, suffit d’une égoïne avec de bonnes dents, mais à mon avis ce n’était pas ceux qu’il voulait dire. Et : peut-on vraiment connaître autre chose ? En fait, Rincevent ne refit jamais causette à cet arbre précis, mais leur brève conversation jeta les bases de la première religion arboricole qui, par la suite, envahit les forêts du monde. Tel était son article de foi : tout arbre bon, qui mène une existence sans tache, décente et honnête, est assuré d’une vie après la mort. S’il est vraiment très bon il finira par se réincarner dans cinq mille rouleaux de papier hygiénique.
……….
Les premières étoiles s’étaient levées lorsque Rincevent se mit à fureter au hasard dans les feuilles et dans l’herbe. Des champignons vénéneux lumineux, désagréablement organiques et à l’allure de conseillères conjugales pour gnomes, giclaient sous ses pieds. De petits bitonios volants le piquaient. D’autres, heureusement invisibles, se défilaient d’un bond ou d’un glissement sous les buissons d’où ils lui lançaient des coassements réprobateurs. « Oignons ? chuchota Rincevent. Où êtes-vous, les oignons ? _ Il y en a un carré à côté du vieil if, fit une voix près de lui. _ Ah, dit le sorcier. Bien. » Un long silence suivit, seulement troublé par le bourdonnement des moustiques aux oreilles de Rincevent. Il restait debout parfaitement immobile. Il n’avait même pas bougé les yeux. Il finit par dire : « Excusez-moi. _ Oui ? _ Lequel c’est, l’if ? _ Le petit tordu qui a des aiguilles vert foncé. _ Oh, oui. Je le vois Encore merci. » Il resta immobile. A la longue, la voix demanda, sur le ton de la conversation : « Je peux faire autre chose pour vous ? _ Vous n’êtes pas un arbre, hein ? fit Rincevent, le regard toujours fixé droit devant lui. _ Ne soyez pas ridicule. Les arbres ne parlent pas. _ Pardon. Mais j’ai eu quelques problèmes avec des arbres ces derniers temps, vous savez ce que c’est. _ Pas vraiment. Je suis un rocher. » Voir aussi :
23/05/2006 Mortimer - T4
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Mortimer court à travers champs, agitant les bras et criant comme une truie qu'on égorge. Et non. Même les oiseaux n'y croient pas.
"Il a du coeur", fait son père adossé contre un muret. "Dame, c'est le reste qui lui manque", répond l'oncle Hamesh. Mais à la foire à l'embauche, la Mort le remarque et l'emporte sur son cheval Bigadin. Il faut la comprendre : elle a décidé de faire la vie ; avec un commis, elle pourrait partager le travail quotidien, ce qui lui laisserait des loisirs. Un grand destin attend donc Mortimer. Mais... est-ce bien raisonnable? Un scénario qui décoiffe, une distribution prestigieuse et... peut-être... une apparition exceptionnelle de l'illustre Rincevent.
Mon avis:
Excellent.
On a le droit à un bon bouquin, drôle, et une fin plutôt surprenante.
On a même des nouvelles de Rincevent.
Extrait :
Voici la salle brillamment éclairée aux bougies où l’on entrepose les compte-vies : des étagères et des étagères de sabliers trapus, un par personne vivante, qui transvasent leur sable fin du futur dans le passé. Les sifflements conjugués des cascades de grains de sable emplissent la salle d’un rugissement marin.
Voici la propriétaire qui traverse d’un pas raide, l’air préoccupé. Il a pour nom la Mort.
Mais pas n’importe quelle Mort. Il s’agit de Celle dont la sphère d’opération englobe, eh bien, non pas une sphère justement, mais le Disque-monde, lequel est plat et se déplace à dos de quatre éléphants géants _ eux-mêmes juchés sur la carapace de la gigantesque tortue stellaire la Grande A’Tuin _, bordé d’une chute d’eau qui se déverse éternellement dans l’espace.
Les savants ont calculé que les chances d’exister d’un phénomène aussi manifestement absurde sont de une sur un million.
Mais les magiciens, eux, ont calculé que les chances uniques sur un million se réalisent neuf fois sur dix.
De sa démarche cliquetante, la Mort arpente le carrelage noir et blanc sur ses phalanges d’orteils et marmonne sous son capuchon, tandis que ses doigts squelettiques comptent les rangées de sabliers en activité.
Finalement, il (car la Mort est de sexe masculin) en trouve un qui paraît le satisfaire, il le soulève délicatement de l’étagère et le porte jusqu’à la bougie la plus proche. Il le tient de manière que la lumière s’y reflète et il contemple le petit point brillant.
Le regard fixe des orbites scintillantes enveloppe la tortue du monde qui rame dans les grands fonds de l’espace, la carapace balafrée par les comètes et grêlée par les météores. Un jour, même la Grande A’Tuin mourra, la Mort le sait ; voila qui serait un vrai défi à relever.
Mais son regard se porte plus loin, plonge vers la magnificence bleu-vert du Disque lui-même qui tourne lentement sous son minuscule soleil en orbite.
Puis il s’infléchit, là-bas, vers la grande chaîne montagneuse dite Bélier ; Les montagnes du Bélier abondent en vallées profondes, en à-pics brutaux et en reliefs divers à ne savoir qu’en faire. Elles connaissent leur propre climat : pluies battantes, vents cinglants et orages permanents. D’aucuns racontent que c’est parce qu’elles abritent l’antique magie sauvage. Remarquez, d’aucuns racontent n’importe quoi.
Puis il distingue un certain flanc de colline. Puis il distingue un champ. Puis il distingue un jeune garçon qui court. Puis il regarde. Puis, d’une voix comme des blocs de plomb lâchés sur du granite, il laisse tomber : « OUI. » Voir aussi :
22/05/2006 Eric - T9
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Faust, vous connaissez ?
Mais voici Eric, 14 ans, le plus jeune démonologue du Disque-Monde. Hélas aucun démon, et encore moins aucune séduisante succube, ne répond à son invocation. Dans le cercle magique ne surgissent que Rincevent et le Bagage, respectivement le mage le plus incompétent et l'accessoire de voyage le plus redoutable de l'univers. Et que veut Eirc ? Oh, rien de bien original : l'immortalité, la domination du monde et la plus belle femme de tous les temps. Ce qui va emmener la fine équipe dans un périple étourdissant, de l'empire tézuma des adorateurs de Quetzduffelcoat, le boa de plumes, en passant par un affrontement qui ressemble furieusement à la guerre de Troie, jusqu'à l'aube des temps et a création du monde. Sans oublier les enfers, bien sûr.
Mon avis :
On retrouve Rincevent et son Bagage. Et c'est avec plaisir. Même si l'histoire n'est pas extraordinnaire. A noter que cette ouvrage est vraiment court, à peine 150 pages. Les precedents faisant plus de 240 pages.
Extrait :
Grosses et noires sont les abeilles de la Mort, grave et lugubre leur bourdonnement ; elles entreposent leur miel dans des rayons de cire aussi blancs que des cierges consistant comme le péché, sucré comme la mélasse.
Nul n’ignore que le blanc se décline en huit coloris. Mais, pour ceux qui savent les voir, il existe aussi huit nuances de noir, et les ruches de la Mort se dressent sur l’herbe noire, dans le verger noir, sous les antiques rameaux aux fleurs noires d’arbres qui finiront par donner des pommes… disons… sûrement pas rouges.
L’herbe était maintenant rase. La faux responsable s’appuyait contre le tronc noueux d’un poirier. Pour l’instant, la Mort inspectait ses ruches, soulevait doucement les rayons de ses doigts squelettiques.
Quelques abeilles bourdonnaient autour de lui. Comme tous les apiculteurs, la Mort portait un voile de protection. Les abeilles n’avaient pourtant rien à piquer, mais parfois il s’en trouvait une qui s’égarait dans son crâne où elle tournait en rond, et son fredon lui donnait mal de tête.
Alors qu’il levait un rayon dans la lumière grisâtre de son petit monde entre les réalités, il entendit de vagues murmures. Un bruissement monta de la ruche, une feuille voltigea à terre. Un souffle de vent balaya un moment le verger, phénomène très étrange au pays de la Mort où l’air demeure toujours immobile et chaud.
La Mort crut entendre, très brièvement, un bruit de course précipitée et une voix qui disait « non », qui pensait : Ohmerdeohmerdeohmerde, je vais mourir je vais mourir je vais MOURIR !
La Mort est quasiment l’être le plus ancien de l’Univers, il a des habitudes et des modes de pensée dont aucun mortel n’est en mesure de comprendre le b.a.-ba, mais parce qu’il est aussi un bon apiculteur, il replaça soigneusement le rayon dans son logement et coiffa la ruche de son couvercle avant de réagir.
Il traversa à grandes enjambées le jardin sombre pour regagner son cottage, ôta son voile, délogea prudemment quelques abeilles fourvoyées dans les recoins de son crâne et se retira dans son cabinet de travail.
Lorsqu’il s’assit à son bureau, une nouvelle bouffée de vent se leva qui agita les sabliers sur leurs étagères et ralentit fugitivement la grosse horloge du hall dans sa tâche interminable de découper le temps en petites tranches plus maniables.
La Mort soupira et concentra son regard.
Il n’existe aucun lieu où la Mort n’ira pas, aussi distant et dangereux soir-il. A vrai dire, plus il est dangereux plus la Mort risque de s’y trouver déjà.
A présent il regardait fixement à travers les brumes du temps et de l’espace.
« OH, dit-il. C’EST LUI. »
Voir aussi :
21/05/2006 Au guet - T8![]() Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Une société secrète d'encagoulés complote pour renverser le seigneur Vétérini, Patricien d'Ankh-Morpok, et lui substituer un roi.
C'est ompter sans le guet municipal et son équipe de fins limiers. Enfin une affaire à la mesure du capitaine Vimaire, alcoolique frénétique, et de ses non moins brillants adjoints. Et lorsque l'on retrouve au petit jour dans les rues les corps de citoyens transformés en biscuits calcinés, l'enquête s'oriente résolument vers un dragon de 25 mètres qui crache le feu ; on aurait quelques questions à lui poser. Peut-être la collaboration du bibliothécaire de l'Université ne serait-elle pas inutile. Certes, à force de manipuler les grimoires de la plus vaste collection de livres magiques du Disque-Monde, il a depuis quelque temps été métamorphosé en singe, mais qui a vraiment remarqué la différence ? Mon avis :
Excellent comme à chaque fois.
On découvre là encore des nouveaux personnages.
Cela vaut le coup.
Extrait :
La retraite des dragons.
Ils sont couchés…
Ils ne sont pas morts, ni endormis. Ni en attente, parce que l’attente suppose une espérance. L’expression que nous cherchons dans leur cas, c’est peut-être… …en sommeil.
Et bien que l’espace qu’ils occupent ne ressemble pas à l’espace habituel, ils s’y tiennent serrés les uns contre les autres ; Pas un centimètre cube que ne remplisse une griffe, une serre, une écaille, un bout de queue, si bien qu’on a l’impression de ces dessins astucieux où l’œil finit par s’apercevoir que l’intervalle séparant chaque dragon est en réalité un autre dragon.
Ils pourraient faire penser à une boîte de sardines, à condition d’imaginer les sardines gigantesques, squameuses, fières et arrogantes.
Et, quelque part, existe sûrement l’ouvre-boîte.
Dans un tout autre espace, c’était le petit matin à Ankh-Morpork, la plus ancienne, la plus grande et la plus crasseuse des cités. Une petite bruine pleuvotait du ciel gris et pointillait la brume fluviale qui serpentait dans les rues. Des rats de toutes espèces vaquaient à leurs tâches nocturnes. Dans leurs capes mouillées de la nuit, les assassins assassinaient, les voleurs volaient, les racoleuses racolaient. Et ainsi de suite.
Quant au capitaine Vimaire, du Guet de nuit, fin soûl, il descendait lentement la rue en titubant, avant de s’affaisser doucement dans le caniveau devant le poste du Guet et d’y rester étendu, tandis qu’au dessus de lui d’étranges lettres de lumière grésillaient dans l’humidité et changeaient de couleur…
La ville étaitu… étaitu… étaitune… chaispusquoi. Une machine, là… femme. Chécha qu’ch’était. Une femme. Grodante, vieille, multicentenaire. Vous f’sait marcher, vous f’sait tomber machintruc, là… amoureux, puis elle vous flanquait un coup d’pied, vlan, en plein dans les… choses, là… les bidules. Qu’on a dans la bouche. Langue. Amugdales. Dents. Voilà, chécha… qu’elle faisait. C’taitune… truc, là… mais si, la meilleure amie d’l’homme, l’chiot femelle. Une chiotte. Poule. Chienne. Après ça, on pouvait plus la voir, et juste au moment où on se figurait qu’on l’avait plus dans la… bidule, plus dans la… dans la… enfin, bref, alors elle ouvrait son grand cœur pourri et assourdissant, vous prenait au dé… dé… dé… machin, là… pourvu. Ouais. Chécha. On savait jamais de quel côté s’tourner. S’allonger. On était sûr que d’une chose, pas possible de la laisser partir. Parsque… parsqu’alle était à vous, z’aviez rien d’autre qu’elle, même dans ses caniveaux… Voir aussi :
Pyramides - T7![]()
Auteur : Terry Pratchett
Résumé de l'éditeur :
Teppicymon XXVII est mort et il a un peu de mal à se faire à cette idée. Même s'il respecte le professionnalisme des embaumeurs, voir ces sympathiques artisans plongés jusqu'aux coudes dans vos entrailles a quelque chose qui vous remue les tripes.
Son fils va lui succéder et lui aussi a quelque difficulté à s'adapter à la nouvelle situation. Pas facile d'hériter du trône quand on est encore un ado et qu'on vient d'achever ses études à la Guilde des Assassins... Vous voilà soudain responsable du lever du soleil comme de l'abondance des récoltes. Et les ennuis vous guettent : vaches grasses, vaches maigres, sphynx, prêtres fanatiques, crocodiles sacrés et momies vagabondes. Sans compter que la Grande Pyramide a précipité le royaume dans une faille spatiotemporelle.
Mon avis :
Eh bien à son habitude, Pratchett nous emmène dans ses loufoqueries.
Le pire s'est qu'on y prend vraiment plaisir.Oui les Annales du Disque Monde sont vraiment à lire. Dans cet ouvrage spécifique, on s'intéresse à la Guilde des Assassins, de nouveaux personnages dans la série. Je tiens quand même à préciser qu'il ne faut pas s'attendre à une guilde des Assassins normales... enfin autant qu'une guilde des Assassins puisse l'être. Celle-ci est à la sauce Pratchett !!!! Et il en va de même pour les pharaons, momies, pyramides,enfin tout quoi !
Extrait :
Des étoiles, rien que des étoiles qui parsèment les ténèbres comme si le Créateur avait mis son pare-brise en miettes et ne s’était pas donné la peine de s’arrêter pour balayer les débris.
Voici l’abîme qui sépare les univers, les profondeurs glaciales de l’espace peuplées seulement d’une ou deux molécules errantes, de quelques comètes égarées et…
…Mais un cercle d’obscurité se déplace légèrement, l’œil rétablit la perspective : ce qu’on prenait pour l’immensité impressionnante du trucmachin interstellaire se révèle un monde dans la nuit et ses étoiles les lumières de ce qu’on appellera charitablement la civilisation.
Car ce monde qui débouche paresseusement n’est autre que le Disque-monde _ plat, circulaire, il franchit l’espace sur le dos de 4 éléphants eux-mêmes juchés sur la carapace de la Grande A’Tuin, la seule tortue à figurer sur le diagramme Hertzsprung-Russel, une tortue de quinze mille kilomètres de long, nappée du givre de comètes mortes, grêlée de cratères météoritiques, un soupçon d’albédo dans les yeux. Personne ne connaît la raison de tout ça, mais il y a sûrement du quantique là-dessous.
Nombre de phénomènes bizarres pourraient se produire dans un monde perché sur la carapace d’une telle tortue.
Ils se produisent déjà.
Les étoiles qui défilent sont des feux de camps en plein désert et des lumières de villages perdus dans les hautes forêts de montagne. Les villes sont des traînées de nébuleuses, les cités d’immenses constellations ; la grande conurbation tentaculaire d’Ankh-Morpork, par exemple, luit comme une collision entre deux galaxies.
Mais loin des grands centres habités, là où la mer Circulaire borde le désert, voici une ligne de feu bleu et froid. Des flammes aussi glacées que les pentes de l’enfer rugissent à l’assaut du ciel. Une lumière fantomatique danse à travers le désert.
Les pyramides de l’antique vallée de Jolh embrasent la nuit de leur puissance.
Les flots d’énergie qui montent de leurs sommets paracosmiques vont peut-être, dans des chapitres ultérieurs, éclaircir maints mystères : pourquoi trop de religion ne vaut rien aux chèvres, et à quoi s’occupent réellement les servantes.
Ils vont sûrement nous éclairer sur ce que nos ancêtres penseraient s’ils vivaient aujourd’hui. On s’interroge souvent à ce propos. Approuveraient-ils la société moderne ? se demande-t-on, s’émerveilleraient-ils devant les réalisations actuelles ? Et bien sûr on oublie un détail essentiel. Ce que nos ancêtres penseraient réellement s’ils vivaient aujourd’hui, c’est : « Pourquoi il fait si noir là-dedans ? » Voir aussi :
11/04/2006 Trois Soeurcières - T6
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Le vent, l'orage et les éclairs... Tout cela dans l'horreur d'une profonde nuit. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l'échiquier du destin. Au coeur des éléments déchaînés luisait un feu, telle la folle dans l'oeil d'une fouine. Il éclairait trois silhouettes voûtées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla : " Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ? " Une autre voix, plus naturelle, répondit : "Ben, moi j'peux mardi prochain." Rois, nains, bandits, démons, héritiers du trône, bouffons, trolls, usurpateurs, fantômes, tous sont au rendez-vous. Shakespeare n'en aurait pas rêvé autant. Ou peut-être que si ? Mais l'avantage du roman par rapport au théâtre c'est que l'on peut s'autoriser beaucoup, beaucoup plus de personnages. Et même le ravitaillement en vol d'un balai de sorcière !
Mon avis :
Nous vivons ici une nouvelle aventure en compagnie de Mémé Ciredutemps (La huitième fille - Tome 3).
Cette charmante sorcière, doué dans le domaine de la têtologie, est accompagnée de deux consoeurs. Aussi farfelue l'une que l'autre.
Ce roman est à la hauteur des précédents. Terry est maître dans son art, nous faisant rire tout en critiquant certains aspect de la société humaine.
Extrait :
Le vent hurlait. La foudre lardait le pays comme un assassin maladroit. Le tonnerre roulait en va-et-vient sur les collines sombres cinglées par la pluie. La nuit était aussi noire que l’intimité d’un chat. Une de ces nuits, peut-être, où les dieux manipulent les hommes comme des pions sur l’échiquier du destin. Au cœur des éléments déchaînés, parmi les bouquets d’ajoncs dégoulinants, luisait un feu, telle la folie dans l’œil d’une fouine. Il éclairait trois silhouettes voûtées. Tandis que bouillonnait le chaudron, une voix effrayante criailla : « Quand nous revoyons-nous, toutes les trois ? » Une pause suivit. Enfin une autre voix, beaucoup plus naturelle, répondit : « Ben, moi, j’peux mardi prochain. »
Dans les profondeurs insondables de l’espace nage la Grande A’Tuin, la tortue stellaire dont le dos soutient les quatre éléphants géants qui portent sur leurs épaules la masse du Disque-monde. Un petit soleil et une petite lune tournent autour d’eux, sur une orbite biscornue afin de générer des saisons, si bien que nulle part ailleurs dans le multivers, sûrement, un éléphant n’est parfois obligé de lever la patte pour laisser passer l’astre du jour. Le pourquoi de la chose, on ne le saura peut-être jamais. Possible que le créateur de l’univers, las de ces sempiternelles histoires d’inclinaison axiale, d’albédo et de vitesse de rotation, ait décidé pour une fois de rigoler un peu. Il est fort à parier que les dieux d’un tel monde ne jouent pas aux échecs, et c’est effectivement le cas. A vrai dire, aucun dieu, nulle part, ne joue aux échecs. Ils manquent d’imagination pour ça. Ils préfèrent des jeux simples et méchants où l’on se « rend directement à l’oubli sans passer pas la case transcendance » ; pour vous aider à comprendre la religion, sachez qu’un dieu trouve amusante l’idée d’un jeu de l’oie avec des dés chauffés à blanc. La magie, à la manière d’une colle, maintient le Disque assemblé _ une magie née de la rotation du monde lui-même, une magie dévidée comme de la soie de la structure fondamentale de l’existence pour suturer les plaies de la réalité. On la retrouve en grande partie dans les montagnes du Bélier, lesquelles partent des terres glacées près du Moyeu pour arriver, via un archipel tout en longueur, aux mers chaudes qui se déversent éternellement dans l’espace par-dessus Bord. La magie brute crépite, invisible, de sommet en sommet et s’enfouit dans les montagnes. C’est le Bélier qui fournit au monde la plupart des sorcières et de ses mages. Dans ces montagnes les feuilles des arbres s’agitent même en l’absence de vent. Les rochers font leur petite promenade du soir.
Parfois le pays a l’air de vivre…
Voir aussi :
Sourcellerie - T5
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
La magie, c'est de la bouillie pour les chats. Car voici la sourcellerie, la puissance thaumaturgique de l'Aube des Temps ! Elle pénètre le Disque-Monde par l'entremise du huitième fils d'un mage (défroqué, oui !). Disons-le tout net : casse-cou. Une fois de plus, faudra-t-il compter sur l'ineffable Rincevent pour sauver les meubles ? Il est vrai que l'homme a plus d'un tour dans son sac percé. Il dispose aussi d'une équipe de choc, où vous retrouverez le mystérieux et pusillanime Bagage tellement humain ! - et le subtil bibliothécaire de l'université des mages tellement simiesque ! Avec, pour la première fois dans un livre, Nijel le Destructeur, jeune héros par correspondance, et Conina, la fille du plus célèbre Barbare, par qui tombent les coeurs et les coups. Et, en prime, un séjour inoubliable dans la cité d'Al Khali, sous la houlette du Sériph Créosote.
Mon avis :
Pratchett nous entraîne avec toujours autant de brio dans son univers particulier.
C'est avec plaisir que nous retrouvons dans cet aventure notre chére Rincevent, toujours égale à lui-même.
C'est-à-dire un mage sans pouvoir (à moins qu'il nous réserve des surprises) et avec un don particulier pour se mettre en danger lui qui ne rêve que d'ennui.
Extrait :
Il était une fois un homme qui avait huit fils. Par ailleurs, il ne représentait rien de plus qu’une virgule sur la page de l’Histoire. Triste constat ; c’est hélas tout ce qu’on trouve à dire sur certains individus.
Mais le huitième fils grandit, se maria et engendra huit fils ; et parce qu’il n’existe qu’une seule profession idoine pour un huitième fils de huitième fils, son cadet devint mage. Il devint aussi sage et puissant _ puissant en tout cas _ , porta un chapeau pointu et on en serait resté là…
Resté là…
Mais en dépit de la Tradition de la Magie et certainement contre toute raison _ excepté les raisons du cœur qui sont enflammées, embrouillées et, disons-le, déraisonnables _, il déserta les écoles de magie, tomba amoureux et se maria, pas nécessairement dans cet ordre-là.
Et il eut sept fils, chacun d’eux au moins aussi puissant dès le berceau que n’importe quel mage au monde. Puis il en eut un huitième… Un mage au carré. Une source de magie. Un sourcelier.
Voir aussi :
10/04/2006 La huitième fille - T3
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Sentant venir sa mort prochaine, le mage Tambour Billette organise la transmission de ses pouvoirs, de son bourdon, de son fonds de commerce. Nous sommes sur le Disque-Monde (vous y êtes ? Nous y sommes). La succession s'y effectue de huitième fils en huitième fils. Logique. Ainsi opère le mage. Puis il meurt.
Or, il apparaît que le huitième fils est cette fois... une fille. Stupeur, désarroi, confusion : jamais on n'a vu pareille incongruité.
Trop tard, la transmission s'est accomplie au profit de la petite Eskarina. Elle entame son apprentissage sous la houlette rétive de la sorcière Mémé Ciredutemps...
Mon avis :
Même si ce livre est moins loufoque que ces précédents, la huitième fille reste tout de même un bon livre.
Ce livre est à lire ne serait-ce que pour le personnage de Mémé Ciredutemps, que l'on retrouvera plutard avec plaisir, dans le tome 6, Les Trois soeurcières.
Extrait :
La présente histoire parle de magie : où va-t-elle ? et, principalement, d’où vient-elle et pourquoi ? Mais elle ne prétend pas pour autant répondre à tout ou partie de ces questions.
Peut-être permettra-t-elle, cependant, d’expliquer pourquoi Gandalf ne s’est jamais marié et pourquoi Merlin était un homme. Parce que la présente histoire parle aussi de sexe, mais probablement pas dans le sens athlétique, acrobatique, comptez-les-jambes-et-divisez-par-deux du terme, à moins que les personnages n’échappent totalement au contrôle de l’auteur. Ils en seraient parfaitement capables.
En tout cas la présente histoire parle surtout d’un monde. Le voici qui arrive. Ouvrez bien les yeux, les effets spéciaux sont hors de prix.
Une note grave retentit. Un accord plutôt, profond, vibrant, qui présage une entrée en fanfare de la section des cuivres en l’honneur du cosmos, car la scène a pour cadre l’immensité noire de l’espace où quelques étoiles scintillent telles les pellicules sur les épaules de Dieu.
Elle apparaît alors, plus grosse que le plus gros, le plus méchamment armé des croiseurs stellaires issus de l’imagination d’un réalisateur de films à grand spectacle : une tortue, longue de quinze mille kilomètres. C’est la Grande A’Tuin, l’un des rares astrochéloniens d’un univers où les choses sont moins que ce qu’elles sont et davantage que ce qu’on croit, et elle porte sur sa carapace grêlée de cratères météoritiques quatre éléphants géants qui soutiennent à leur tour sur leurs monstrueuses épaules la grande roue circulaire du Disque-monde.
A mesure que le monde se déplace, l’œil en embrasse l’ensemble à la lumière de son minuscule soleil en orbite. On y distingue des continents, des archipels, des mers, des déserts, des chaînes de montagnes et même une toute petite calotte glaciaire. Les habitants d’un tel disque, c’est évident, ne veulent pas entendre parler de théories globales. Leur monde, bordé d’un océan qui l’encercle et se déverse perpétuellement dans l’espace en une seule et longue cataracte, est aussi rond et plat qu’une pizza géologique, moins les anchois.
Un tel monde, qui n’existe que parce que les dieux ne résistent pas à une bonne blague, est forcément un terrain où la magie peut survivre. Le sexe aussi, bien entendu.
Voir aussi :
9/04/2006 La huitième couleur - T1
Auteur : Terry PRATCHETT
Résumé de l'éditeur :
Dans une dimension lointaine et passablement farfelue, un monde en forme de disque est juché sur le dos de quatre éléphants, eux-mêmes posés sur le dos d'une Tortue.
A Ankh-Morpork, l'une des villes de ce Disque-Monde les habitants croyaient avoir tout vu. Et Deuxfleurs avait l'air tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur myriade de petites jambes. Tellement inoffensif, bonhomme chétif fidèlement escorté par un Bagage de bois magique circulant sur une myriade de petites jambes. Tellement inoffensif que le Patricien avait chargé le calamiteux sorcier Rincevent de sa sécurité dans la cité quadrillée par la guilde des voleurs et celle des assassins ; mission périlleuse et qui va les conduire loin : dans une caverne de dragons et peut-être jusqu'au rebord du disque. Car Deuxfleurs appartenait à l'espèce la plus redoutable qui soit : un touriste...
Mon avis :
Loufoque. C'est le premier mot qui vient à l'esprit. Pourtant, on se laisse prendre au piège et très vite on en redemande. Le livre se dévore, entre deux rires, on ne peut qu'apprècier l'écriture de Pratchett et l'univers passionnant qu'il a créé.
Les Annales est une série à succès que je conseil.
Un petit bémol : si vous commencez le tome 1, veillez à avoir le tome 2 sous la main. Car vous en redemmenderez.
Extrait :
PROLOGUE :
Dans un ensemble lointain de dimension récupérées à la casse, dans un plan astral nullement conçu pour planer, les tourbillons de brumes stellaires frémissent et s’écartent…
Voyez… La tortue la Grande A’Tuin apparaît, elle fend d’une brasse paresseuse l’abîme interstellaire, ses membres pesants recouverts d’un givre d’hydrogène, son antique et immense carapace criblée de cratères météoriques. De ses yeux vastes comme des océans, encroûtés de chassie et de poussière d’astéroïdes. Elle fixe le But Ultime.
Dans son cerveau plus grand qu’une ville, avec une lenteur géologique, Elle ne songe qu’au Fardeau.
Une bonne partie du fardeau est évidemment due à Bérilia, Tubul, Ti-phon l’Immense et Jérakine, les quatre éléphants géants dont les larges épaules bronzées par les étoiles soutiennent le disque du Monde que la longue cataracte enguirlande sur son vaste pourtour et que surplombe le dôme bleu layette des Cieux.
L’astropsychologie n’est toujours pas parvenue à établir à quoi ils pensent.
L’existence de la Grande Tortue restait du domaine de l’hypothèse jusqu’au jour où Krull, un petit royaume cachottier dont les montagnes les plus proches du Bord saillent au-dessus de la Grande Cataracte, conçut un système de portique et de poulie à la pointe de son rocher le plus à pic et fit descendre plusieurs observateurs par-dessus le Rebord dans un vaisseau de cuivre aux hublots de quartz afin qu’ils regardent par-delà les voiles de brume.
Une fois remontés au bout de leur long pendoir par d’immenses équipes d’esclaves, les premiers astrozoologistes furent en mesure de fournir maints renseignements sur la conformation et la nature d’A’Tuin et des éléphants, mais qui ne répondaient pourtant pas aux interrogations fondamentales sur la nature et le but de l’Univers.
Par exemple, quel était le sexe d’A’Tuin ? Cette question vitale, affirmaient les zoologistes avec une autorité croissante resterait sans réponse tant qu’on n’aurait pas construit un portique plus grand et plus puissant permettant de lâcher un vaisseau dans l’espace profond. En attendant, ils ne pouvaient qu’émettre des conjonctures sur le cosmos révélé.
Par exemple, une théorie avançait qu’A’Tuin venait de nulle part pour se rendre nulle part, indéfiniment d’une brasse uniforme, ou reptation continue. Une théorie populaire chez les universitaires.
Une autre, qui avait la faveur de la religion, voulait qu’A’Tuin se déplace de Son Lieu de Naissance vers l’Heure du Frai, à l’image de toutes les étoiles du ciel, elles aussi manifestement transportées à dos de tortues géantes. A l’arrivée, elles s’accoupleraient dans une étreinte brève et passionnée, une seule et unique fois, et de cette union fougueuse naîtraient de nouvelles tortues qui véhiculeraient une nouvelle série de mondes. On connaissait cette hypothèse sous le nom de théorie du Big Bang, ou de la Grande Secousse.
Voilà comment un jeune cosmochélonologiste de la faction de la Reptation Continue, alors qu’il testait un nouveau télescope grâce auquel il espérait mesurer l’albédo précis de l’œil droit de la Grande A’Tuin, fut en cette soirée mémorable le premier observateur extérieur à voir, dans la direction du Moyeu, s’élever la fumée de l’embrasement qui ravageait la plus ancienne cité du monde.
Plus tard le même soir, absorbé par ses études, il avait déjà tout oublié de l’événement. Ce fut pourtant lui le premier.
Il y en eu d’autres…
Voir aussi :
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